La friction est la seule chose qui tue un inventaire
Les systèmes d’inventaire échouent rarement par manque de motivation. Tous ceux qui en créent un veulent qu’il fonctionne.
Ils échouent par arithmétique. Si ajouter un produit prend une minute, et qu’un plein de courses représente une trentaine de produits, tenir l’inventaire à jour coûte une demi-heure par semaine, en plus des courses et du rangement. Personne ne tient ça, et personne ne devrait avoir à le tenir.
À dix secondes par produit, le même plein coûte cinq minutes, et ces cinq minutes se glissent naturellement dans le rangement que vous faites déjà. C’est exactement là que se joue la différence entre un système qui survit et un système qu’on abandonne discrètement la deuxième semaine.
Ce que fait réellement le scan
Vous pointez la caméra sur le code-barres. Le nom du produit et sa catégorie se remplissent automatiquement. Vous ajoutez une quantité si vous en voulez une, une date si la date compte, et vous passez au suivant.
Le second bénéfice se remarque plus tard : la cohérence des noms. Saisi à la main sur six mois, le même produit devient « tomates concassées », « tomates en boîte » et « conc. tomate ». Pour n’importe quelle liste, ce sont trois produits différents : le comptage cesse de fonctionner et la recherche cesse de trouver. Les entrées scannées portent le même nom à chaque fois.
D’où viennent les données, et ce que cela implique
Les codes-barres sont interrogés dans Open Food Facts, une base de données alimentaire libre, collaborative, portée par une association française. Cela vaut la peine de le savoir plutôt que d’imaginer un catalogue privé derrière l’application :
- la couverture est très bonne sur les produits de grande surface en France et dans la plupart des marchés européens ;
- elle est plus inégale sur les marques de distributeur et les produits régionaux ;
- quand une fiche est incomplète, n’importe qui peut la compléter, et cette correction profite ensuite à tous ceux qui scannent le produit, pas seulement à vous.
C’est pour cette dernière raison que l’application vous signale un produit incomplet au lieu de combler discrètement le trou avec une approximation.
Le scan est une porte d’entrée, pas une règle
Une bonne partie d’une cuisine française n’a pas de code-barres. Les fruits et légumes, le pain, le fromage à la coupe, les légumes du marché, tout ce qui vient d’un magasin de vrac, tout ce que vous avez mis en bocal. Ceux-là se saisissent à la main, et cela prend quelques secondes.
La bonne manière d’y penser : scannez les produits secs et ennuyeux que vous rachetez sans arrêt, parce que ce sont ceux dont vous oubliez que vous les avez et que vous achetez deux fois. Saisissez le frais à la main, parce qu’il y en a moins et qu’il ne reste pas assez longtemps pour être oublié.



